Je suis depuis quelques temps fortement encouragé par certains amis à m'inscrire sur Facebook. Ils m'ont presque convaincu.
Revenons-en à il y a quelques semaines. En grand rétrograde que je suis, j'ai découvert la popularité de ce service que très récemment. Je savais qu'il existait, je me doutais qu'un tel service pouvait marcher. Le voyeurisme, c'est le commerce de l'avenir. Un monde où Internet permet de tout savoir sur son voisin, le rêve de nombreux citoyens.
« Ma bonne dame, vous avez vu les fréquentations des voisins ? Il faut se méfier de ces gens-là, moi je vous le dis ! »
Ce service est né sur un effet de mode, comme pour les Skyblog. Tout nouveau, tout beau. Cependant, cet effet de mode-là risque d'avoir bien plus de conséquences sur notre petite vie personnelle. Alors que les Skyblog ne concernaient que les amis auxquels on donnait l'adresse et les petits fouineurs, les pages Facebook sont nominatives. Là réside tout leur intérêt et tout leur danger.
En fouinant un peu dessus, je me suis rendu compte qu'une grande part de mes amis s'y trouvaient et j'ai retrouvé un nombre non-négligeable d'anciennes connaissances.
« Putain, Miranda, qu'est-ce que t'es devenue moche
». Je pense reprendre contact avec certains d'entre eux. Vous me direz que les sites comme Copains d'avant sont plus efficaces et moins intrusifs pour ce genre de rencontres. Vous n'avez pas tort, mais je n'ai, excusez-moi du peu, encore jamais retrouvé un ami avec ce genre de services. Alors que sur Facebook, du monde, il y en a.
Et l'idée paraît assez séduisante au premier regard. Je ne vois pas l'intérêt de communiquer avec mes potes alors que j'ai la chance de les voir à peu près tous les jours. Mais sur le long terme, garder une trace avec de vieux potes pour pouvoir faire une bouffe et peut-être plus si affinité, ça me plaît comme idée. J'ai hélas perdu de vue de nombreuses personnes auxquelles je tenais beaucoup, et si ce service me permettait de reprendre contact avec, ça serait cool. Presque un service public.
Ceci étant, la réalité du réseau est tout autre. Un collègue m'incitant à participer à Facebook me montre sa page personnelle.
En plus des photos qui, excuse-moi d'avance, ne sont pas du tout à l'image du mec qu'il est en réalité, ses amis me paraissent aussi assez exotiques.
Dialogue
— Mais t'es pas ami avec cette meuf, tu lui parles même jamais.
— Oh oui, c'est vraiment une pauvre fille.
— Euh ? Bah, qu'est-ce qu'elle fout dans ta liste de
friend, alors ?
— Bah, elle est trop jolie. Ça fait cool. Et regarde, j'ai 250 amis, plus que Sam.
Et là, je me questionne. Mon service public me donne un amer sentiment à la TF1.
Facebook me semble plus être une terre d'apparence. Il faut être sur ce site pour paraître cool. J'ai déjà vu des gens déçus en apprenant que je n'y étais pas inscrit. On s'y donne une image de soi, on choisit les amis qui correspondent à l'image qu'on veut se donner.
Mais c'est aussi sujet à débordement. Le service devenant de plus en plus populaire, presque incontournable, il fait un peu partie de notre mode de vie. Les patrons, pour ceux qui ne le font pas déjà, ne vont pas tarder à regarder les pages personnelles avant de salarier quelqu'un.
« Hep, celui-là, il est fan de Lorie. Recalé ! ». Plus sérieusement, je m'attends plutôt à des
« T'as vu, il n'y a que des marocains et des bohémiens comme amis. Même pas la peine d'espérer être cadre dans mon entreprise. »
Et bien évidemment, je n'imagine absolument pas qu'une entreprise comme celle-ci, qui possède tant d'informations personnelles et qui pourrait se faire un max de thunes avec, non, je n'imagine absolument pas qu'elle revende notre vie privée en peinture aux publicitaires. Je ne suis pas de ce genre.
Je ne vais pas répondre à la question que j'ai posée au début de cet article. Vais-je m'inscrire sur Facebook ? Essayez de deviner.